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Très tôt, les ouvriers des carrières affirment un sens aigu de la revendication. A l’origine assez libres, ils utilisent l’atout de leur qualification spécialisée pour conserver le monopole de cet apprentissage ou obtenir des protections contre la maladie ou les accidents.
Le prix des denrées alimentaires constitue également une source de conflits. Ainsi, une émeute éclate à Angers en 1790. Les femmes lancent spontanément un mouvement de protestation qui unit les carriers, les ouvriers du port et des manufactures contre les spéculateurs responsables de la cherté du blé. La manifestation, durement réprimée, s’achève dans le sang.

La grève devient le recours des ardoisiers, confrontés à des conditions de vie très dures, et à la puissance des exploitants unis en Compagnie qui, depuis 1855, gèrent l’embauche. Le monde syndical émerge peu à peu. Il s’organise au fil des mouvements sociaux qui ponctuent l’histoire des ardoisiers.
L’insurrection de la Marianne, en 1855, fut l’épisode le plus marquant de la tradition de luttes au pays de l’ardoise. Elle a pour origine la société secrète de la Marianne, qui naît en 1850. Après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851, elle se fixe pour objectif de renverser le régime et de rétablir une république démocratique et sociale. En Anjou, la société secrète recrute parmi les filassiers et les ardoisiers, dont l’opposition au régime se trouve amplifiée par des conditions de vie difficiles en raison de l’augmentation des prix.
L’émeute éclate dans la soirée du 26 août 1855 à Saint-Barthélemy-d’Anjou. Cette commune, qui jouxte Trélazé, vient d’organiser sa traditionnelle assemblée, la fête populaire de l’année. Au chant de la Marseillaise, un groupe de carriers attaque la gendarmerie de Trélazé et s’empare de quelques armes. Le mouvement prend de l’ampleur au cours de la nuit et, au petit matin, plus de 600 hommes avec, à leur tête, François Attibert, un ouvrier de carrière marianniste, marchent sur Angers. Attibert et ses amis projettent de soulever le chef-lieu et d’entraîner la France entière dans cette révolte. Il semble que les autorités aient été rapidement informées du complot car, sans qu’un seul coup de feu soit tiré, les insurgés tombent dans le piège tendu par la troupe à l’entrée de la ville. Ils sont aussitôt dispersés. Une centaine d’entre eux sont arrêtés et emprisonnés. Le soulèvement est maté. A l’issue du procès, les peines prononcées à l’encontre des ouvriers sont très sévères. Les meneurs sont déportés à l’Ile du Diable, en Guyane, François Attibert et Joseph Pasquier s’évadent, mais Jean-Marie Secrétain y décède en 1856. Les autres restent dans les geôles françaises et purgent des peines souvent assorties de fortes amendes.
Napoléon III marque encore la vie de la cité à l’occasion d’un drame de toute autre nature. En effet, en 1856, une brèche s’ouvre dans la levée de la Loire destinée à retenir les crues du fleuve. De graves inondations ravagent alors toute la vallée. Trélazé est entièrement encerclée par les eaux qui, au petit matin, s’engouffrent dans les carrières d’ardoise en un grondement terrifiant. L’empereur vient en personne constater l’étendue de la catastrophe. L’argent offert par le chef de l’Etat, qui parcourt le pays pour distribuer des secours, est le bienvenu. Le pouvoir s’adoucit. Dès la fin de la même année est construite la levée Napoléon qui, jusqu’aux portes d’Angers, doit protéger la vallée contre de nouvelles crues de la Loire.
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